
Portrait de Félix Mendelssohn © Eduard Magnus
Souvent considéré comme l’un des sommets du romantisme, le concerto pour violon de Mendelssohn a été composé entre 1838 et 1844 pour le violoniste Ferdinand David. Il se distingue par une écriture virtuose mais toujours au service de la mélodie.
Le concerto comporte trois mouvements enchaînés sans interruption : Allegro molto appassionato, Andante, Allegretto non troppo- Allegro molto vivace.
Cette structure ternaire qu’on retrouve dans la plupart des concertos : rapide-lent-rapide donne au concerto un arc dramatique complet ; cela va de la tension à l’intériorité puis la libération finale souvent plus joyeuse et brillante. Le dernier allegro, ou dans notre cas allegretto, agit comme une résolution : il libère l’énergie accumulée, clôt les tensions du début et laisse une impression de joie, de danse ou de triomphe. Pour le soliste, cette structure permet de montrer à la fois la virtuosité brillante (mouvements rapides) et la capacité de chant intérieur et de nuances fines (mouvement lent). Mendelssohn innove en reliant les mouvements par des transitions (basson entre I et II, pont en mi mineur entre II et III) créant une continuité quasi narrative.
Dans notre concerto, l’orchestration est transparente : l’orchestre soutient et prolonge le violon sans jamais l’écraser, les bois jouant souvent un rôle de dialogue mélodique avec le soliste.
Quant au compositeur, Félix Mendelssohn, il est né le 3 février 1809 à Hambourg dans une famille d’origine juive convertie au protestantisme , petit-fils du philosophe Moses Mendelssohn. Il montre un génie précoce composant dès l’âge de 9 ans et dirigeant à 15 ans son propre opéra Die beiden Pädagogen.Sa soeur Fanny, également musicienne talentueuse, l’inspire mutuellement. Formé par Zelter et Cherubini, il compose sa célèbre Ouverture du Songe d’une nuit d’été à 17 ans et redécouvre la Passion selon Saint Matthieu de Bach en 1829. Marié à Cécile Jeanrenaud en 1837 (cinq enfants), il est nommé à Berlin par Frédéric-Guillaume IV mais meurt prématurément le 4 novembre 1847 à Leipzig, à 38 ans, d’une rupture d’anévrisme, six mois après sa soeur Fanny.
L’interprétation que je propose est celle réalisée avec le soliste Yehudi Menuhin. Elle se caractérise par un lyrisme très prononcé, une grande souplesse rythmique et recherche de profondeur plus que de brillance pure. La critique souligne la « pureté envoûtante » du son de Ménuhin, rarement égalée surtout dans les grandes phases lentes. Son phrasé est très chantant, avec beaucoup de respiration, ce qui donne à Mendelssohn un caractère plus romantique et introspectif qu’avec des violonistes plus droits.
Historiquement, un enregistrement en concert du violoniste Yehudi Menuhin avec le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler et le Philharmonique de Berlin revêt une portée symbolique majeure. Réalisé en 1952, il marque une forme de réhabilitation de Mendelssohn, dont la musique avait été proscrite par le régime nazi en raison de ses origines juives et qualifiée de « dégénérée ». Le fait que Menuhin, lui-même fier de ses origines juives, ait accepté de se produire sous la direction de Furtwängler, longtemps critiqué pour ses accointances supposées avec le nazisme, témoigne d’une démarche de réconciliation significative dans l’Europe de l’après-guerre. Ce choix exprime la volonté de Menuhin de faire de la musique un pont entre des mondes fracturés, au-delà des clivages idéologiques, à une époque encore marquée par la fragilité de la reconstruction. L’enregistrement est souvent salué pour l’unité exceptionnelle entre le soliste et le chef, alliant lyrisme profond et intensité dramatique.




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