
« L’École buissonnière » est un film réalisé par Nicolas Vanier, sorti en salles en 2017. Après avoir longtemps filmé les étendues enneigées du Grand Nord (comme dans L’Odyssée sauvage ou Belle et Sébastien), le réalisateur et aventurier revient ici à ses racines : les forêts de Sologne où il a grandi.
L’histoire :
L’intrigue se déroule dans la France des années 1920-1930.
Paul Carradec, un jeune orphelin ayant grandi entre les hauts murs gris d’un orphelinat parisien, est accueilli par Célestine et son mari Borel. Ce dernier est le garde-chasse rigide d’un grand domaine forestier appartenant au comte de La Fresnaye.
Débarqué dans cet environnement totalement inconnu, le petit citadin découvre une nature sauvage et envoûtante. Mais au-delà de sa rencontre avec la forêt, deux personnages vont marquer son apprentissage :
- Totoche : un braconnier roublard, indépendant et amoureux de la nature qui vit en marge du domaine. Malgré l’opposition de Borel (qui cherche sans cesse à l’attraper), Totoche prend Paul sous son aile et lui enseigne les secrets de la forêt : la pêche, le braconnage, le chant des oiseaux et le respect des animaux.
- Le Comte de La Fresnaye : un aristocrate vieillissant et solitaire, meurtri par un drame familial, qui se prend d’affection pour le jeune garçon.
Peu à peu, Paul comprend que son arrivée dans ce domaine n’est pas tout à fait un hasard et qu’un lourd secret de famille entoure ses origines.
Les thèmes principaux :
- L’apprentissage par la nature : La forêt devient une véritable école de la vie, bien plus formative pour Paul que les institutions traditionnelles.
- La transmission et l’amitié intergénérationnelle : La relation entre le vieux braconnier épris de liberté et l’enfant chercheur de repères constitue le cœur émotionnel de l’œuvre.
- L’éloge de la Sologne : Nicolas Vanier rend un hommage vibrant aux paysages solognots, à sa faune (notamment le majestueux grand cerf), à ses étangs et à ses traditions régionales.
Analyse cinématographique :
Une mise en scène de la nature comme personnage principal
Fidèle à sa trajectoire de documentariste et d’aventurier, Nicolas Vanier ne traite pas la Sologne comme un simple décor pastoral, mais comme le véritable protagoniste du récit.
- Le travail sur la lumière et les saisons : la direction de la photographie mise sur une lumière naturelle très travaillée. Les teintes dorées de l’automne, la brume matinale sur les étangs et les trouées de soleil à travers la canopée créent une atmosphère impressionniste. Vanier prend le temps de filmer le temps qui passe, installant un rythme contemplatif qui tranche avec la frénésie du cinéma d’aventure classique.
- L’échelle des plans et la faune : La caméra alterne constamment entre très larges plans d’ensemble (pour inscrire l’homme dans l’immensité du vivant) et des très gros plans sur la faune sauvage (le brame du cerf, l’envol d’un martinet, le mouvement d’une couleuvre). Cette alternance confère au film une dimension éducative et poétique : la nature y est vivante, vibrante et autonome.
La dialectique du cadre : Enfermement vs Liberté
Le sous-texte visuel du film repose sur un contraste géométrique très marqué entre le monde des hommes et celui des bois :
- Les lignes de l’autorité : les espaces humains — que ce soit l’orphelinat parisien du début, le château du Comte ou la maison du garde-chasse — sont filmés avec des cadres rigides, des portes étroites et des perspectives fermées. Borel, le garde-chasse (interprété par Éric Elmosnino), est régulièrement cadré au milieu de grillages, de clôtures ou d’alignements d’outils de piégeage, symbolisant la volonté humaine d’ordonner et de dompter le vivant.
- La courbe du vivant : à l’inverse, dès que Paul s’enfonce dans la forêt avec Totoche (François Cluzet), la caméra devient fluide, souvent portée ou montée sur travelling discret pour épouser la déambulation des personnages. Totoche n’est jamais enfermé par le cadre : il entre et sort des plans comme il traverse les propriétés privées, incarnant une liberté organique.
Le jeu d’acteurs et le ton conteur
Le choix de François Cluzet apporte au film son assise dramatique. Loin de jouer un simple vieux sage cliché, l’acteur insuffle à Totoche une rugosité et un humour grinçant qui évitent au film de tomber dans la niaiserie. La relation avec le jeune Jean Scandel repose sur un jeu du regard très fin : la transmission ne passe pas par de grands discours sur l’écologie, mais par l’apprentissage du silence et de l’observation.
Bilan critique
« L’École buissonnière » s’inscrit dans la tradition du cinéma patrimonial français (dans la lignée des adaptations de Marcel Pagnol par Yves Robert). Si le scénario emprunte des ressorts mélodramatiques parfois prévisibles autour du secret de famille, le film brille par son sincère éloge du vivant et sa capacité à redonner au spectateur un regard d’enfant émerveillé sur la nature rurale.




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